1957-1963 : Lotus Elite (moteur Coventry Climax)

Description

Nous parlons ici de la Lotus Elite de première dénomination, Lotus type 14 apparue en 1957, qu’il ne faut pas confondre avec la Lotus Elite de seconde génération, Lotus Type 75 apparue en 1974.

Présentation du modèle et première série

Premier coupé de route produit par Colin Chapman, la Lotus Elite présente pour originalité révolutionnaire d’être la première voiture à structure en résine armée de fibre de verre. En effet, la voiture ne dispose pas de châssis séparé en métal : sa structure est composée d’un sous-bassement et d’une carrosserie intégrale en composites collés l’un à l’autre en enserrant une structure interne également en fibre de verre. Les supports du moteur et des suspensions sont en acier noyés dans la résine armée de fibre de verre.
Cette particularité unique dans l’histoire de l’automobile permet d’obtenir une grande rigidité pour un poids réduit. Elle a également pour caractéristique d’amplifier les vibrations du moteur qui bénéficie d’une excellente « caisse de résonnance » !

La voiture est équipée du moteur 4 cylindres en ligne Coventry Climax type FWE à simple arbre à cames en tête de 1216cc et simple carburateur S.U. lui conférant une puissance relativement modeste de 75cv à 6100 tr/mn, mais amplement suffisante compte tenu du poids très réduit de la voiture. Ce moteur tout alu est accouplé à une boîte d’origine MGA qui pilote les roues arrière.

La suspension à 4 roues indépendantes est équipée à l’avant de classiques doubles triangles et à l’arrière du fameux « essieu Chapman » commun aux F2 Lotus 12 de l’époque. Cet essieu utilise les demi-arbres de transmission comme éléments de guidage latéral des roues, une simple jambe de force longitudinale coudée et le combiné ressort-amortisseur d’une façon similaire à une suspension McPherson. La Lotus Elite est équipée de 4 freins à disques pleins Girling (les disques arrière étant accolés au pont arrière).

On ne peut parler de l’Elite sans évoquer sa ligne aux courbes gracieuses et aérodynamiques, dues au crayon de Peter Kirwan-Taylor assisté de Mike Costin (le frère aérodynamicien de Frank Costin, co-créateur de Cosworth). Pour beaucoup, elle représente la plus belle voiture jamais dessinée.

Vu son coût de fabrication élevé, elle fut vendue à un prix « haut de gamme » pour des performances sommes toutes relativement modestes et un confort assez spartiate, ce qui en limita le succès commercial. En France, le prix d’une Lotus Elite était de 31 800 FRF en 1961 (~57 000 € en 2023), alors qu’une « big » Healey 3L valait alors 23 000 FRF.

La Lotus Elite connut plusieurs difficultés de mise en fabrication liées à la réalisation de la coque en fibre de verre, qui fut d’abord sous-traitée à Maximar Mouldings à Pullborough (Sussex) pour les 250 premiers exemplaires, puis à Bristol Aerospace (le constructeur d’avions) pour la suite de la production dès fin 1959.

Si la voiture est effectivement présentée lors du salon d’Earls Court à Londres en octobre 1957, la production effective ne commence que fin 1958 avec des châssis montés dans l’ancienne usine de Tottenham Lane. La production va vraiment décoller lorsque la nouvelle usine de Cheshunt est inaugurée en octobre 1959.

Evolutions du modèle

En juillet 1960, Lotus présente une évolution appelée « Série 2 », qui remplace désormais la version initiale. Cette version comprend le montage d’un triangle inférieur inversé en lieu et place de la simple jambe longitudinale arrière, ce qui améliore sensiblement le guidage des roues arrière et la précision de conduite. La présentation intérieure et la finition sont également améliorées.

En octobre 1960, Lotus propose une version « S/E » (Special Equipment) équipée d’un moteur plus puissant (85 ch) grâce au montage de deux carburateurs S.U. et d’une ligne d’échappement tubulaire spécifique. Ce modèle hérite (enfin !) d’une boîte de vitesses digne de ce nom en provenance de Z.F., toujours à 4 rapports avant. Les Elite « S/E » se distinguent visuellement par un toit de couleur métallisée. 

En mai 1962 est présentée l’Elite Super 95 dont le vilebrequin tourillonne désormais dans un bloc moteur à 5 paliers, et dont le taux de compression est relevé afin de délivrer la puissance de 95 ch. Des versions compétition « Super 100 » et « Super 105 » (de 100 et 105 ch) seront construites, la puissance étant alors obtenue par le montage de double carburateurs Weber double-corps. 

En 1963, une Lotus Elite « Super 95 » valait le prix d’une Jaguar Type E, ce qui n’arrangea pas ses affaires… 

Devant la faiblesse des ventes, la Lotus Elite est également proposée sous forme de kit dès octobre 1961, pour éviter les taxes élevées frappant les véhicules vendus tout montés. Si cette proposition donne un coup de fouet éphémère aux ventes du modèle, elle rappellent aux acheteurs potentiels de la version « normale » que Lotus reste un artisan vendant des « kits » comme celui de la Lotus Seven, une image pas nécessairement en phase avec le prix de l’Elite.

Il se dit aujourd’hui que Lotus perdait de l’argent à chaque vente d’Elite, tant il était difficile de couvrir les coûts de production avec un prix de modèle déjà haut perché sur le marché. C’est ce qui conduisit Chapman a envisager son remplacement rapide par la Lotus Elan, évolution à châssis poutre qui permit à Lotus de passer au cap industriel. La production de la Lotus Elite cesse en octobre 1963 après que 1030 châssis aient été fabriqués (chiffres Dennis Ortenburger, historien du modèle). 

La Lotus Elite en compétition

L’Elite a eu une longue et fructueuse carrière en compétition, glanant de nombreuses victoires en catégories « GT » dans sa classe de cylindrée. Citons notamment :

  • 26/12/1958 Quatre premières places à la course GT organisée à Brands-Hatch par le BRSCC (Colin Chapman termine 1er devant Jim Clark, ce qui lui fait découvrir ce jeune as du volant)
  • 21/06/1959 Huitième place au général et victoire en classe GT 1,5 Litres aux 24 Heures du Mans (pilotes Lumsden / Riley)
  • 26/06/1960 Treizième place au général et victoire en GT 1,3 Litres aux 24 Heures du Mans (pilotes Masson / Laurent)
  • 11/06/1961 Douzième place au général et victoire en GT 1,3 Lites aux 24 Heures du Mans (pilotes Allen / Taylor) juste devant l’Elite de l’écurie Edger de Kosselek / Massenez
  • 24/06/1962 Huitième place au général et victoire en GT 1,3 Litres aux 24 Heures du Mans (pilotes Hobbs / Gardner)
  • 16/06/1963 Dixième place au général et victoire en GT 1,3 Lites aux 24 Heures du Mans (pilotes Fergusson / Wagstaff)
  • 22/06/1964 Vingt-deuxième place au général et victoire en GT 1,3 Litres aux 24 Heures du Mans (pilotes Hunt / Wagstaff)

La Lotus Elite de nos jours

Aujourd’hui, la Lotus Elite est une voiture rare mais souvent en bon état, tant ses propriétaires forment une famille soudée au sein de la communauté des propriétaires de Lotus.

Tous les numéros de châssis sont répertoriés et suivi par l’Historic Lotus Register qui dispose d’une section spécifique pour ce modèle.

Une Lotus Elite en bon état se vend de nos jours de 75 000 € à 100 000 € selon état et modèle, et jusqu’à 150 000 € et plus pour un modèle de compétition historique.