1979-1981 : (Chrysler Simca) Talbot Sunbeam Lotus…

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Description

Au début de l’histoire, il y a un constructeur méconnu : Sunbeam, une marque qui remonte au début du XXe siècle et a déjà eu par le passé pas mal de relations avec la marque Talbot originale. En 1977, Sunbeam fait partie de la nébuleuse de Chrysler Europe et met sur le marché son dernier (et unique) modèle : la Chrysler Sunbeam « R424 », fabriquée à Linwood en Ecosse. Cette voiture à l’architecture ultra-classique est un coach 2 portes 4 places à moteur avant et propulsion arrière, équipé de moteurs de 1000 cc et 1600cc tout à fait placides, si ce n’est la Sunbeam « Ti » qui s’équipe du moteur 1600cc  « Tiger » développant 100cv.

Mais voilà, le patron du « Chrysler Competition Center » , un certain Des O’Dell, est plein d’idées. Il constate que la reine des rallyes est alors la Ford Escort RS, une voiture de course pas très éloignée dans son concept de la nouvelle Chrysler Sunbeam, et dont le moteur est le célèbre 2,0 Litres Ford BDA de 240 ch, un moteur que les groupes existants chez Sunbeam ne peuvent pas approcher. Comme il a dans ses relations un certain Mike Kimberley, alors PDG de Lotus, il débarque un beau matin à Hethel pour mendier un des moteurs Lotus 907 à 16 soupapes en vue de le tester dans une de ses voitures de rallye, « pour voir ». L’amitié étant ce qu’elle est, il repart avec dans son coffre un moteur et pas mal de pièces de compétition que Lotus avait utilisé lorsque ce moteur développé par les frères Pedrazzani de Novamotor équipait les F2 Lotus 74. Le moteur se monte sans grande difficulté dans la petite Sunbeam, et les premiers tests sont suffisamment enthousiasmants pour que Chrysler Europe signe un accord avec Lotus pour la conception d’une série d’homologation de Sunbeam à moteur Lotus, et la prise en charge de leur montage. Cette collaboration est si prometteuse qu’elle donne l’occasion à Lotus de créer une nouvelle filiale qui fera sa renommée : Lotus Engineering. Le contrat porte sur la fabrication de 3500 véhicules, 1000 d’entre eux devant être fabriqués dans les 12 premiers mois pour viser une homologation en Groupe 2 « Tourisme Spécial ». En parallèle, le Chrysler Competition Center s’affaire à développer la version compétition.

La cylindrée de 2,0 Litres du moteur 907 limitant la souplesse de celui-ci, il est spécifié que les moteurs fournis devront voir leur cylindrée augmenter à 2,2 Litres, au bénéfice du couple, ce que Lotus peut faire facilement en allongeant un peu la course, le moteur étant déjà « super-carré ». Le nouveau moteur résultant sera le type 911, et donnera par la suite naissance aux moteurs 912 qui équiperont toute la gamme Lotus.

Chrysler (Talbot) Sunbeam Lotus Série 1 (1979-1980)

L’affaire manque de capoter en 1978 lorsque Chrysler revend sa filiale Européenne déficitaire au Groupe PSA (pour 1 dollar symbolique). Mais PSA n’a pas l’intention de tout arrêter et le contrat avec Lotus va être honoré ! On apprend au cours de la finalisation de la mise au point de la voiture que PSA a décidé de renommer toutes les anciennes voitures du Groupe Chrysler « Talbot », ressortant un nom glorieux du passé. C’est trop tard pour certaines pièces de la Sunbeam qui sortira avec une grille de calandre ornée du magnifique Logo « pentastar » Chrysler.

La Sunbeam Lotus de route est construite à partir de caisses peintes et roulantes mais sans mécanique qui sont fabriquées dans l’usine Sunbeam de Linwood en Ecosse (l’usine qui produisait la légendaire Hillman Imp). Elles sont ensuite acheminées par camion vers un ancien hangar de la RAF situé à Ludham Airfield près de Norwich et non loin de Hethel, où Lotus a mis en place une ligne de montage pour la Sunbeam Lotus et y livre les moteurs fabriqués à Hethel. C’est là que les voitures reçoivent leur moteur et leur transmission, et où elles sont préparées et finies.

Le moteur est le 4 cylindres 2,2 Litres Lotus type 911 à 16 soupapes, monté longitudinalement en position avant, tout en étant penché à 45° vers la gauche. Il est alimenté par deux carburateurs double corps Dell’Orto 45 DHLA et développe 150 chevaux à 5750 trs/mn et un couple de 203 N.m à 4500 trs/mn. Il est accouplé à une boîte  manuelle à 5 rapports ZF S5 18-3, relié au pont arrière rigide standard de la Sunbeam, ici en version « renforcée ». Le montage consiste à découper le plancher de la Sunbeam et y souder une cloche de plus grandes dimensions permettant d’abriter le nouveau moteur et la boîte, qui reposent sur des supports spécifiques et atteignent le pont arrière via un arbre de transmission lui aussi spécifique.

Toutes les voitures sont livrées avec une décoration unique : peinture Embassy Black et bandes argentée longitudinales pourvues d’un gros logo « Lotus », intérieur en simili beige clair.

La voiture fait l’effet d’une bombe sur le marché, avec un rapport poids-puissance excellent : 150 chevaux pour un poids tout pleins faits de 960 kilos ! Une Gold GTI est plus légère à 850 kilos, mais ne développe que 110 chevaux. Parmi les points forts de la Sunbeam, l’ensemble moteur-boîte est son point fort. Le point faible est le pont arrière rigide sans autobloquant qui dote la voiture d’une dynamique digne d’un rodéo. Les freins sont également « limite ». Mais au volant, on ne s’ennuie pas !

La bonne nouvelle est que les mille exemplaires nécessaires à l’homologation de la voiture de course en Groupe 2 sont bel et bien produits dans les 12 premiers mois de production !

Talbot Sunbeam Lotus Série 2 (1981)

Talbot Sunbeam Lotus série 2 (1981)

La Sunbeam Lotus a connu une courte vie, mais néanmoins deux versions ! Toute la gamme Sunbeam reçoit des évolutions cosmétiques pour l’année modèle 1981 : de plus grand phares rectangulaires, une nouvelle grille de calandre ornée désormais de « T » Talbot, de nouveau rétroviseurs extérieurs désormais réglables depuis l’intérieur. Sur la Lotus, l’intérieur est désormais recouvert de tissu noir à bandes grises appelé « décoration Piccadilly ». Le moteur reçoit de nouveaux arbres à cames et de nouveaux réglages de carburateurs qui font monter la puissance à 155 ch. De nouvelles couleurs extérieures sont également proposées, dont un gris-bleu métallisé pouvant recevoir des bandes latérales Lotus de couleur noire.

Mais on apprend début 1981 que PSA a décidé de totalement fermer le site de Linwood et d’arrêter toute production de la Talbot Sunbeam. Un stock important de caisses nues sont envoyées à Ludham pour permettre à Lotus de construire les Sunbeam Lotus restant à livrer, et dès Septembre 1981, le site Ecossais est définitivement fermé ! Le cocasse de la situation est qu’en même temps, la Sunbeam Lotus est en train de remporter le championnat du monde « constructeur » des rallyes aux mains notamment de Henri Toivonen et Guy Fréquelin, navigué par Jean Todt. Ces deux-là termineront second au championnat du monde pilotes. PSA ne mettra que très peu en valeur ce titre par la suite – on comprend pourquoi !

Dans cette situation, les ventes de Sunbeam Lotus s’écroulent, et Talbot a bien du mal à vendre les derniers exemplaires produits. Il faut dire qu’en France, après la reconfiguration du réseau de distribution qui a vu nombre d’anciennes concession Simca-Talbot passer chez les Asiatiques, c’est désormais le réseau Peugeot qui doit vendre des voitures dont ils ne reconnaissent pas la paternité. Pour eux, la « Sublime » n’est pas leur enfant. Ce qui fait qu’il n’est pas rare de trouver en France des Sunbeam Lotus dont la date de première mise en circulation est en 1982 ! Avon Coachworks, un célèbre carrossier située à Warwick près de Birmingham va racheter 150 des derniers modèles produits en conduite à droite pour les doter d’un intérieur plus luxueux et d’une peinture bi-tons bleu spécifique. Ils en vendront environ 60 avant… de faire faillite, ce qui fait que les 90 exemplaires restants furent bradés lors d’une vente aux enchères. Triste fin.

« A little bit sideways » diraient les Britanniques 🙂

La Sunbeam Lotus de route aura été produite en 2308 exemplaires, dont 1150 avec conduite à droite, incluant 10 pré-séries. 388 voitures ont originellement été vendues en France. Compte tenu du nombre de celles-ci ayant été coursifiées et ayant fini dans un fossé ou un arbre, il en reste aujourd’hui bien peu en parfait état d’origine. La quête de pièces de rechange est complexe en France depuis la disparition de Talbot, mais fort heureusement, il existe deux clubs spécialisés en Grande-Bretagne où l’on peut se procurer beaucoup de choses…

En plus de cela, il faut compter environ une dizaine de versions compétition « usine » produites par le département compétition et pilotées par Toivonen, Fréquelin, Blomqvist, Brookes… La bonne nouvelle est que la plupart d’entre-elles ont été totalement remises à neuf par un Français habitant la région de Chateaudin : Michel Civade, qui les conserve encore aujourd’hui !